GW5058/P17
a2r
Prologue de iacques locher qui translata
ce present liure dalemant en latin.
1
COmme ie eusse a par moy par long temps et grandement cogite lectures
2
tresagreables du cours tresconfuz des choses humaines: ay par ma
3
soingneuse meditacion trouue plusieurs degrez derreurs par lesquelz lhu
4
main genre
genre ] genrre GW5058
decheoit et va de iour en iour en diminuant. Au moyen
a 2
a2v

5
de quoy auoient plusieurs saiges et licterez hommes pour guerir les egritudes mala
6
dies et perturbations intolerables des mortelz escript enseignemens tresfructueux qui
7
les playes de lame dilaceree gueriroient beaucoup mieulx que ne pourroit faire Escu
8
lapius: que iadis les gentilz nommerent dieu de medicine En grece furent premierement in
9
stituees les estudes: esquelles se trouuoit et croissoit salubre medicine. qui conferoit aux
10
courages perturbez tresbons alimens et tresioyeux nourrissemens et ou socrates ce tres
11
grant cultiueur de philozophie commenca le premier a disputer des meurs. Et par ce que
12
es choses naturelles ne peut imposer fin certaine de biens et felicite souueraine dedia les
13
sublimes contemplations de sa pensee aux estudes de vertuz morales et tant fut en philozo
14
phie parfaict et resplendissant quon disoit icelle auoir este par luy du ciel euocquee Le
15
quel quant iceulx mortelz hommes procliues et enclins a vices eut bien regarde desirant obui
16
er a telles meurs confuses es lieux publicz de la cite dathenes donna les enseignemens
17
qui enuironnent les doulces fontaines du souuerain bien. Apres la mort duquel
18
succeda le diuin platon qui la plusgrant et meilleure partie de son aage consuma en moralle
19
philozophie Et qui non sans cause pour mieulx et plussainctement a lhumain genre secou
20
rir a escript les loix saluberrimes: edifie la chose publicque speciosissime et tresbelle: con
21
stitue lhumaine societe tresioyeuse: impose le frain et remede a libidinite: et excite ligno
22
rance mauluaise des mortelz hommes a vertuz. Du temps desquelz philozophes inter
23
uint laage et regne des poetes tresresplendissant qui nobtindrent entre les saiges et eruditz
24
lieu inferiore pour la grant excellence et iucundite de leurs dictz et fictions. Les aucuns des
25
quelz ont celebre le chant et carme heroicque par lequel les choses humaines et diuines
26
ont acoustume estre chantees. Les aucuns ont aussi compose liures et vers treselegans da
27
griculture: les aultres des planetes cours des estoilles et mouemens des cieulx les au
28
cuns de lempire damours comme les elegiacques. Plusieurs de la miserable ruyne des
29
roys et princes comme ont fait les tragiciens
tragiciens ] tragicenis GW5058
et les aultres ont prise et honnoure les co
30
medies auecques grant liberte de dire. Du nombre desquelz ont corusque et resplendy
31
Aristophanes eupolis et cratin treslouables poetes lesquelz quant ilz ont veu la ieunesse
32
des atheniens sapplicquer a toutes libidinitez ont eu et prins loccasion descripre et par
33
leur langage commun mordre et corriger les vices et pechez des hommes Sur lancienne co
34
medie desquelz ont apres les poetes latins prins et forme stile non inelegant desquelz
35
lucilius fut le premier qui nommeement corrigea les crimes des princes romains et bour
36
geois priuez par vne satyre latine que premierement es latins donna par laquelle en
37
doulces parolles et ioyeux langage toute la cite reprenoit non pour excercer lasciuite
38
de parler et procacite effrenee mais pour les separer de vices et exciter aux estudes de
39
vertuz et salubres doctrines. au moyen de quoy satire a du tout prins son exorde des
40
latins ainsi que dit fabius en son .x. liure des institucions que les grecz appelloient
41
comedie Apres lucilius qui fut gros et rude en stile toutesfois
toutesfois ] toutesuois GW5058
tresprofitable et fami
42
lier en vrbaine reprehension. succederent Orace le treselegant poete qui en satire meri
43
ta tresgrant gloire Perse aussi qui seulement vng liure laissa ouquel est grandement
44
son nom recommande et Iuuenal le dernier et prince de tous les aultres poetes et en
45
satyre sur tous resplendissant qui tout ce que par les dessuditz auoit este dicte et escript
46
repeta et par son doulx stile et fiction tresioyeuse les vices des humains reprint et corri
corri ] cor GW5058
a3r

47
gea O meurs preteritz o temps passe pourquoy les gens du temps present ne vous
48
commencent a scauoir et cognoistre. pourquoy ne prisent ilz reuerent et honnorent les
49
poetes: ignorent ilz quilz ont a chacun voulu profiter ou se delecter ou par vers ioyeux
50
et metres delectables endoctriner les humains et leur monstrer la facon ydoine et mo
51
de tressalubre de viure Ilz enseignent que cest que de maulx que cest que de biens que
52
cest que de vices et pechez ou vertuz nous conduit et ou erreur nous porte Car les cru
53
elz rebelles et non piteux les orguilleux auaricieux luxurieux lasciuieux Ireux glo
54
tons gormans enuieux veneficz periures temeraires folz audacieux broulleux tumul
55
tueux indoctz et insensez les poetes par leurs satires dilacerent et vilipendent Et les
56
candidissimes imitateurs de vertuz extollent par grande louange et escripuent les
57
loiers et premiations de leurs merites Et comme au temps qui court soit si grant nom
58
bre et multitude de hommes folz et ydiotz qui pour vacquer aux plaisances mondai
59
nes tenebreuses desprisent et contempnent lamour de vertuz. a este de necessite que au
60
cun erudit saige cault et astucieux poete resuscitast et vint en regne qui les delictz ma
61
gnifestes et tresdeshonneste vie des folz reprint et corrigeast par cruelles et mordaces
62
reprehensions Ce stile et forme descripre et dicter a prins nostre precepteur iucundissime
63
Sebastian brant docteur es droiz et poete tresnoble pour le commun salut des mortelz
64
hommes a celebre en groz langage vernacule de sa region dalemaigne en ensuyuant
Hier fehlt der Name "Dante", der in der lateinischen Vorlage steht.
65
florentin et francoys pethrarcque poetes heroicques qui en leur langue maternelle ont
66
fait des fictions et poesies mirificques et comme ceste narragonie ou nef des folz du mon
67
de (que nous pouuons appeller satire) soit a toutes gens profitable a este necessaire que
68
ie la redigeasse en latin affin que toutes aultres nations comme francoys ausoniens
69
hiberiens panoniens et grecz qui nentendent nostre langage y peussent profiter. mais
70
si pour la mediocrite de mon petit entendement iay en ce liure aucunement peche ou
71
erre vous supplie lecteurs que vous me pardonnez et par ce que ce liure est compose pour
72
la salubre doctrine de sapience et pour expurger la vanite de forcenniere et follie vous
73
pry que regardez en ce liure comme ou miroir de lame vostre condicion et vie affin
74
que vostre aage puissez passer plus eureusement.
a 3
GW5058/P17
a2r
Pꝛologue de iacques locher qui tranſlata
ce pꝛeſent liure dalemant en latin.
1
COmme ie eue a par moy par long tēps et grandement cogite lectures
2
treſagreables du cours treſconfuʒ des choſes humaines: ay par ma
3
ſoingneuſe meditaciō trouue pluſieurs degreʒ derreurs par leſquelʒ lhu
4
main genrre decheoit et va de iour en iour en diminuant. Au moyen
aꝛ
a2v

5
de quoy auoiēt pluſieurs ſaiges et lictereʒ hommes pour guerir les egritudes mala
6
dies et perturbatiōs intolerables des moꝛtelʒ eſcript enſeignemens treſfructueux q
7
les playes de lame dilaceree gueriroiēt beaucoup mieulx que ne pourroit faire Eſcu
8
lapius:que iadis les gētilʒ nōmerēt dieu de medicine En grece furēt pꝛemieremēt in
9
ituees les eudes: eſquelles ſe trouuoit ⁊ croioit ſalubꝛe medicine. q cōferoit aux
10
courages perturbeʒ treſbōs alimens⁊ treſioyeux nourriemens ⁊ ou ſocrates ce treſ
11
grāt cultiueur de philoʒophie cōmēca le pꝛemier a diſputer des meurs. Et par ce que
12
es choſes naturelles ne peut īpoſer fin certaine de biēs ⁊ felicite ſouueraine dedia les
13
ſublimes ɔ̨templatiōs de ſa pēſee aux eudes de vertuʒ moꝛales ⁊ tāt fut en philoʒo
14
phie parfaict ⁊ reſplendiant quon diſoit icelle auoir ee par luy du ciel euocquee Le
15
quel quāt iceulx moꝛtelʒ hōmes ꝓcliues ⁊ enclīs a vices eut biē regarde deſirāt obui
16
er a telles meurs cōfuſes es lieux publicʒ de la cite dathenes dōna les enſeignemēs
17
qui enuironnent les doulces fontaines du ſouuerain bien. Apꝛes la moꝛt duquel
18
ſucceda le diuī platō q la pluſgrāt et meilleure partie de ſon aagecōſuma en moꝛalle
19
philoʒophie Et q nō ſans cauſe pour mieulx ⁊ pluaīctemēt a lhumain genre ſecou
20
rir a eſcript les loix ſaluberrimes:edifie la choſe publicque ſpecioſiime ⁊ treſbelle:cō
21
itue lhumaine ſociete treſioyeuſe:impoſe le fraī ⁊ remede a libidinite:⁊ excite ligno
22
rance mauluaiſe des moꝛtelʒ hommes a vertuʒ.Du tēps deſquelʒ philoʒophes inter
23
uint laage⁊ regne des poetes treſreſplēdiant q nobtindrēt entre les ſaiges⁊ eruditʒ
24
lieu inferioꝛe pour la grāt excellēce⁊ iucundite de leurs dictʒ ⁊ fictiōs.Les aucūs deſ
25
quelʒ ont celebꝛe le chāt ⁊ carme heroicque par lequel les choſes humaines⁊ diuines
26
ont acouume ere chātees. Les aucūs ont aui cōpoſe liures ⁊ vers treſelegās da
27
griculture:les aultres des planetes cours des eoilles ⁊ mouemēs des cieulx les au
28
cuns de lempire damours ɔ̨me les elegiacques.Pluſieurs de la miſerable ruyne des
29
roys ⁊ pꝛinces cōme ont fait les tragicenis ⁊ les aultres ont pꝛiſe ⁊ hōnoure les co
30
medies auecques grant liberte de dire. Du nombꝛe deſquelʒ ont coꝛuſque ⁊ reſplēdy
31
Ariophanes eupolis et cratin treſlouables poetes leſq̄lʒ quāt ilʒ ont veu la ieunee
32
des atheniens ſapplicquer a toutes libidiniteʒ ont eu ⁊ pꝛins loccaſiō deſcripre ⁊ par
33
leur lāgage cōmun moꝛdre ⁊ coꝛriger les vices ⁊ pecheʒ des hōmes Sur lanciēne co
34
medie deſquelʒ ont apꝛes les poetes latins pꝛins ⁊ foꝛme ile nō inelegant deſquelʒ
35
lucilius fut le pꝛemier q nōmeemēt coꝛrigea les crimes des pꝛinces romains ⁊ bour
36
geois pꝛiueʒ par vne ſatyre latine que pꝛemieremēt es latins donna par laquelle en
37
doulces parolles ⁊ ioyeux langage toute la cite repꝛenoit non pour excercer laſciuite
38
de parler ⁊ pꝛocacite effrenee mais pour les ſeparer de vices ⁊ exciter aux eudes de
39
vertuʒ et ſalubꝛes doctrines.au moyen de quoy ſatire a du tout pꝛins ſon exoꝛde des
40
latins ainſi que dit fabius en ſon .x. liure des initucions que les grecʒ appelloiēt
41
comedie Apꝛes lucilius qui fut gros et rude en ile touteſuois treſpꝛofitable et fami
42
lier en vꝛbaine repꝛehenſion.ſuccederēt Orace le treſelegāt poete qui en ſatire meri
43
ta treſgrant gloire Perſe aui qui ſeulement vng liure laia ouquel e grandement
44
ſon nom recommande ⁊ Juuenal le dernier et pꝛince de tous les aultres poetes et en
45
ſatyre ſur tous reſplēdiant qui tout ce que par les deuditʒ auoit ee dicte ⁊ eſcript
46
repeta et par ſon doulx ile ⁊ fiction treſioyeuſe les vices des humains repꝛint ⁊ coꝛ
a3r

47
gea O meurs pꝛeteritʒ o temps pae pourquoy les gens du temps pꝛeſent ne vous
48
commencent a ſcauoir et cognoire.pourquoy ne pꝛiſent ilʒ reuerent ⁊ honnoꝛent les
49
poetes:ignoꝛēt ilʒ quilʒ ont a chacun voulu pꝛofiter ou ſe delecter ou par vers ioyeux
50
et metres delectables endoctriner les humains ⁊ leur monrer la facon ydoine ⁊ mo
51
de trealubꝛe de viure Jlʒ enſeignent que ce que de maulx que ce que de biens que
52
ce que de vices et pecheʒ ou vertuʒ nous cōduit et ou erreur nous poꝛte Car les cru
53
elʒ rebelles et non piteux les oꝛguilleux auaricieux luxurieux laſciuieux Jreux glo
54
tons goꝛmās enuieux veneficʒ periures temeraires folʒ audacieux bꝛoulleux tumul
55
tueux indoctʒ et inſenſeʒ les poetes par leurs ſatires dilacerent ⁊ vilipendent Et les
56
candidiimes imitateurs de vertuʒ extollent par grande louange et eſcripuent les
57
loiers et pꝛemiatiōs de leurs merites Et comme au temps qui court ſoit ſi grant nō
58
bꝛe et multitude de hommes folʒ et ydiotʒ qui pour vacquer aux plaiſances mondai
59
nes tenebꝛeuſes deſpꝛiſent et contempnēt lamour de vertuʒ.a ee de neceite que au
60
cun erudit ſaige cault et aucieux poete reſuſcita et vīt en regne qui les delictʒ ma
61
gnifees et treſdeſhonnee vie des folʒ repꝛint et coꝛrigea par cruelles ⁊ moꝛdaces
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repꝛehenſions Ce ile et foꝛme deſcripre ⁊ dicter a pꝛīs nore cepteur iucundiime
63
Sebaian bꝛant docteur es droiʒ et poete treſnoble pour le commū ſalut des moꝛtelʒ
64
hommes a celebꝛe en groʒ langage vernacule de ſa region dalemaigne en enſuyuāt
65
floꝛētin et francoys pethrarcque poetes heroicques qui en leur lāgue maternelle ont
66
fait des fictiōs ⁊ poeſies mirificques et ɔ̨me cee narragonie ou nef des folʒ du mō
67
de(que nous pouuōs appeller ſatire)ſoit a toutes gēs pꝛofitable a ee neceaire que
68
ie la redigeae en latin affin que toutes aultres nations comme francoys auſoniēs
69
hiberiēs panoniēs et grecʒ qui nentendent nore langage y peuent pꝛofiter.mais
70
ſi pour la mediocrite de mon petit entendement iay en ce liure aucunement peche ou
71
erre vous ſupplie lecteurs que vous me pardōneʒ ⁊ par ce que ce liure e cōpoſe pour
72
la ſalubꝛe doctrine de ſapience et pour expurger la vanite de foꝛcēniere et follie vous
73
pꝛy que regardeʒ en ce liure comme ou miroir de lame vore condicion et vie affin
74
que vore aage puieʒ paer plus eureuſement.
a ʒ

12
Seneca ad
lucillum
Belege

15
Tullius in tu
scu. quaestonibus
Belege

22
Poetarum o=
rigo.



40
Fabius li .x.
institutionum.
Belege