GW5065/B112
o1r
¶De la vraye description dhom
me prudent.
1
¶En ceste satyre ensuyuante descript la⸗
2
cteur lhomme prudent a la collaudation des
3
saiges/ et au vitupere et reprehension des
4
folz Et dit en son prolude Lhomme bon
5
et prudent reprent tous vilains faitz et ditz
6
chastiant les choses mauuaises et enseigne
7
les bonnes et iustes. Lhomme prudent se re
8
pute tousiours coulpable en soy mesmes.
9
euite tous maulx et choses vaines Et quiert
10
et ayme vie bonne et iuste selon le chemin
11
que sapience luy monstre Laquelle selon
12
lescripture prinse a ce propos est assise es
13
souueraines excelses et haultes montai⸗
14
gnes sur la voye au meillieu des sentiers.
15
iouxte la porte de la cite: et en icelles por⸗
16
tes parle la digne sapience disante O hommes ie
17
clamite et crie tousiours a vous/ et tousiours
18
va ma voix aux filz des hommes Pour
19
ce vous qui estes paruules entendez mon
20
astuce Et vous folz et insipiens animad⸗
21
uertissez et tournez dedens voz couraiges
22
mes parolles Oyez moy Car iay a par⸗
23
ler de grans choses Ma gorge meditera
24
et pensera verite Et mes leures detesteront
25
et blasmeront totalement lhomme maul⸗
26
uais Ainsi appelle sapience tous hommes
27
ieunes et vieulx a son escolle pour ouyr la
28
description de lhomme prudent et saige dont
29
la satyre dit ainsi.
30
LEs enseignemens de virgi
31
le enseignerent lhomme pru
32
dent tel que a grant peine: noz
33
siecles en tiennent vng sem⸗
34
blable Parquoy le soleil de
35
vraye iustice tesmoigne que la maieste du
36
noble socrates promerita les degrez de sai⸗
37
gesse que aultre precedent nauoit euz Car
38
socrates fut vng aultre tel culteur de sa⸗
39
pience que les enseignemens de virgile chan
40
tent Car il despendoit et tenoit tout de soy
41
parfait a longle/ cestassauoir que en luy nauoit
42
rien imparfait/ car il estoit constant/ droit/ pour
43
ueu/ bon/ Pource dit seneque en ses episto⸗
44
les que lhomme bon et saige contient en sa poytri
45
ne plusieurs douayres et dons de grace Et re
o
o1v

46
splendist par clere noblesse Premierement
47
lhomme bon est iuge de soymesmes Et ne
48
luy chault des murmures du vulgaire cest
49
a dire que pour le parler du commun qui est
50
vain il ne laisse point a faire bien Et ainsi
51
seurement il passe ses temps Des choses
52
estranges comme vsures ou biens mal ac
53
quis lhomme prudent nest point mercennai
54
re et nen prent tribut ne aucun crime Tous
55
iours est frugal et a assez Car il demande
56
choses moderees et raisonnables. il a la poy
57
trine et le couraige ferme et gecte au loing
58
tous vains desirs et veux Et en ferme de⸗
59
gre contient droictement ses poytrines Cest
60
a dire ses desirs et pensees Et iamais ses
61
membres ne sont prins de sommeil deuant
62
que toutes choses soyent reputees a sa vie
63
Et iamais na repos tant quil saiche auoir
64
de quoy suffisamment viure Le saige con
65
ioinct et assemble auecques la saincte chose
66
et honneste ce qui est vtile Et par chacun iour
67
emporte aucune chose de louenge Et a la
68
mynne voulente que en nostre temps re
69
splendist vne tourbe et compaignie de sai⸗
70
gesse aussi consone et de hommes de telle
71
sorte que socrates estoit Et si nitides escol⸗
72
les esquelles le prudent homme respan⸗
73
dist les semences de illustre vertu et chan
74
tast lhonneur ethereal Ce nest point cho⸗
75
se de merueille ne pour sesbahyr que tant
76
grande et numereuse caterue de folz re⸗
77
gne par le monde La raison est prompte
78
et bien patente pourtant que sapience est
79
du tout deboutee et chassee exil contrain
80
cte de fouyr le monde et les faitz infames
81
dicelluy Et qui maintenant en no⸗
82
stre temps labeure estre bon et saige il
83
est dit rude et fol. Mais celluy qui est
84
cault subtil et malicieux plain de fallace
85
et de deception il a maintenant les tiltres
86
de saigesse et de noblesse Que vauldroit
87
maintenant le iuste aristides duquel fut
88
labstinence si grande que quant il mou⸗
89
rut a grant peine auoit il de quoy enseue
90
lir son corps Que vauldroit le noble cu⸗
91
rius Le bon Fabricius Cathon le diuin
92
La belle et celebrable tourbe et compaignie
93
de Platon quant maintenant noz siecles
94
Cestassauoir les gens de nostre temps
95
rient les hommes prudens et se mocquent
96
des saiges La candeur ou beaulte du tiltre
97
de honneur ou de dignite Et la gloire du
98
temps present est donnee a ceulx entre les
99
quelz vigueur et puissance de fraudes ou
100
de follie est si que maintenant la tourbe
101
des folz monte les haultes et celebrables
102
chayres esquelles deussent seoir les hom⸗
103
mes saiges et prudens Par tant que celle
104
tourbe est coustumiere de violer les pen⸗
105
sees des hommes par folie O quelle pitie
106
se maintenant germanie nourrissoit hom⸗
107
mes prudens veu ce que elle est puguace
108
forte et puissante Et que elle donnast aux
109
hommes nobles dignes loyers Ainsi ne
110
courroyent pas desers ses precones et bonne
111
renommee que maintenant la terre theu
112
tonique foulle et tient Cartout lhonneur
113
selon loppinion de lalmant qui souloit
114
estre aux aultres pays maintenant est
o2r

Fueillet. lxxx
115
es alemaignes si aussi noble de gre de sai
116
gesse estoit donne aux culteurs dicelle et que
117
tes saiges en tous honneurs et biens fussent
118
preserez aux folz nostre nef nen portast pas
119
tant Mais a present homme ioe se explore ve
120
ritablement estre iuge de soymesme Et ne
121
imbue homme son couraige ou abreuue de
122
nobles sciences Pour ceste cause en la de⸗
123
scription de ce liure Ie acteur dicelluy ay
124
impose et baille a plusieurs tuniques stul⸗
125
tigeres robes cucules et chapperons de folz
126
que mes escriptz notent Et pourtant celluy
127
qui vit prudentement et fait ainsi que la pa
128
gine et escripture du diuin Virgille chante
129
il transvolera incontinent iusques soubz
130
les vens ethereaulx et beatitudes celestes.
131
Et apres la chair mortelle deposee separce
132
dauecques lame et rendue a la terre a qui
133
elle appartient pourra le saige prendre le
134
repos celeste et vser de lambrosye et doul⸗
135
ceur dicelluy Par tant vous hommes mor
136
telz qui estes en ce monde soursaindez voz
137
tendres rains/ Cest a dire contraignez voz
138
ieunes aages a saigesse Et donnez be⸗
139
ningz ensens et humbles couraiges veux
140
et desirs a la conspicue et noble dame.
141
Pour lesquelles choses le philomuse re⸗
142
quiert honneurs aux saiges et paix estre
143
donnee a ses muses Et premierement il prie
144
a son titius et maistre grandes ioyes/ Car
145
par luy ducteur et gouuerneur est faicte no
146
stre nef Et a toy Brant mon precepteur
147
let prestant amy de mon cueueur ioye salut
148
gloire et honneur.
GW5065/B112
o1r
¶De la vꝛaye deſcription dhom
me pꝛudent.
1
¶En cee ſatyꝛe enſuyuante deſcript la⸗
2
cteur lhōme pꝛudent a la collaudation des
3
ſaiges / ⁊ au vitupere et repꝛehenſion des
4
folʒ Et dit en ſon pꝛolude Lhomme bon
5
et pꝛudent repꝛent tous vilains faitʒ et ditʒ
6
chaiant les choſes mauuaiſes et enſeigne
7
les bonnes et iues. Lhomme pꝛudent ſe re
8
pute touſiours coulpable en ſoy meſmes.
9
euite toꝰ maulx et choſes vaines Et quiert
10
⁊ ayme vie bonne ⁊ iue ſelon le chemin
11
que ſapience luy monre Laquelle ſelon
12
leſcripture pꝛinſe a ce pꝛopos e aiſe es
13
ſouueraines excelſes et haultes montai⸗
14
gnes ſur la voye au meillieu des ſentiers.
15
iouxte la poꝛte de la cite: et en icelles poꝛ⸗
16
tes ꝑle la digne ſapiēce diſāte O hōmes ie
17
clamite ⁊ crie touſiours a voꝰet touſiours
18
va ma voix aux filʒ des hommes Pour
19
ce vous qui ees paruules entendeʒ mon
20
auce Et vous folʒ et inſipiens animad⸗
21
uertieʒ et tourneʒ dedens voʒ couraiges
22
mes parolles Oyeʒ moy Car iay a par⸗
23
ler de grans choſes Ma goꝛge meditera
24
et penſera verite Et mes leures deteerōt
25
et blaſmeront totalement lhomme maul⸗
26
uais Ainſi appelle ſapience tous hommes
27
ieunes et vieulx a ſon eſcolle pour ouyꝛ la
28
deſcription de lhōme pꝛudent et ſaige dont
29
la ſatyꝛe dit ainſi.
30
LEs enſeignemens de virgi⸗
31
le enſeignerent lhomme pꝛu
32
dent tel que a grāt peine:noʒ
33
ſiecles en tiennent vng ſem⸗
34
blable Parquoy le ſoleil de
35
vꝛaye iuice teſmoigne que la maiee du
36
noble ſocrates pꝛomerita les degreʒ de ſai⸗
37
gee que aultre pꝛecedent nauoit euʒ Car
38
Socrates fut vng aultre tel culteur de ſa⸗
39
pience que les enſeignemens de virgile chā
40
tent Car il deſpendoit ⁊ tenoit tout de ſoy
41
ꝑfait a longleceaauoir  en luy nauoit
42
rien imꝑfait/car il eoit cōātdꝛoit pour
43
ueubonPource dit ſeneque en ſes epio⸗
44
les  lhōme bon ⁊ ſaige cōtient en ſa poytri
45
ne pluſieurs douayꝛes ⁊ dōs de grace Et re
o
o1v

46
ſplendi par clere noblee Pꝛemierement
47
lhomme bon e iuge de ſoymeſmes Et ne
48
luy chault des murmures du vulgaire ce
49
a dire que pour le parler du cōmun qui e
50
vain il ne laie point a faire bien Et ainſi
51
ſeurement il pae ſes temps Des choſes
52
eranges comme vſures ou biens mal ac
53
quis lhomme pꝛudent ne point mercēnai
54
re ⁊ nen pꝛent tribut ne aucun crime Touſ
55
iours e frugal ⁊ a aeʒ Car il demande
56
choſes moderees ⁊ raiſonnables.il a la poy
57
trine ⁊ le couraige ferme ⁊ gecte au loing
58
tous vains deſirs et veux Et en ferme de⸗
59
gre cōtient dꝛoictement ſes poytrines Ce
60
a dire ſes deſirs et penſees Et iamais ſes
61
membꝛes ne ſont pꝛins de ſommeil deuant
62
que toutes choſes ſoyent reputees a ſa vie
63
Et iamais na repos tant quil ſaiche auoir
64
de quoy ſuffiſamment viure Le ſaige con
65
ioinct ⁊ aemble auecques la ſaincte choſe
66
⁊ honnee ce q e vtile Et ꝑ chacun iour
67
empoꝛte aucune choſe de louēge Et a la
68
mynne voulente que en nore temps re
69
ſplendi vne tourbe ⁊ cōpaignie de ſai⸗
70
gee aui conſone ⁊ de hommes de telle
71
ſoꝛte  ſocrates eoit Et ſi nitides eſcol⸗
72
les eſquelles le pꝛudent homme reſpan⸗
73
di les ſemences de illure vertu et chā
74
ta lhōneur ethereal Ce ne point cho⸗
75
ſe de merueille ne pour ſeſbahyꝛ que tant
76
grande ⁊ numereuſe caterue de folʒ re⸗
77
gne par le monde La raiſon e pꝛompte
78
et bien patente pourtant que ſapience e
79
du tout deboutee ⁊ chaee exil cōtrain
80
cte de fouyꝛ le monde ⁊ les faitʒ infames
81
dicelluy Et qui maintenant en no⸗
82
re temps labeure ere bon et ſaige il
83
e dit rude et fol. Mais celluy qui e
84
cault ſubtil et malicieux plain de fallace
85
et de deception il a maintenant les tiltres
86
de ſaigee et de noblee Que vauldꝛoit
87
maintenant le iue ariides duquel fut
88
labinence ſi grande que quant il mou⸗
89
rut a grant peine auoit il de quoy enſeue
90
lir ſon coꝛps Que vauldꝛoit le noble cu⸗
91
rius Le bon Fabꝛicius Cathon le diuin
92
La belle et celebꝛable tourbe ⁊ cōpaignie
93
de Platon quant maintenant noʒ ſiecles
94
Ceaauoir les gens de nore temps
95
rient les hommes pꝛudens et ſe mocquent
96
des ſaiges La candeur ou beaulte du tiltre
97
de honneur ou de dignite Et la gloire du
98
temps pꝛeſent e donnee a ceulx entre leſ
99
quelʒ vigueur et puiance de fraudes ou
100
de follie e Si que maintenant la tourbe
101
des folʒ monte les haultes et celebꝛables
102
chayꝛes eſquelles deuent ſeoir les hom⸗
103
mes ſaiges et pꝛudens Par tant que celle
104
tourbe e couumiere de violer les pen⸗
105
ſees des hommes par folie O quelle pitie
106
ſe maintenant germanie nourrioit hom⸗
107
mes pꝛudens veu ce que elle e puguace
108
foꝛte et puiante Et que elle donna aux
109
hommes nobles dignes loyers Ainſi ne
110
courroyent pas deſers ſes pꝛecones ⁊ bōne
111
renommee que maintenant la terre theu⸗
112
tonique foulle et tient Cartout lhonneur
113
ſelon loppinion de lalmant qui ſouloit
114
ere aux aultres pays maintenant e
o2r

Fueillet. lxxx
115
es alemaignes Si aui noble de gre de ſai
116
gee eoit dōne aux culteurs dicelle ⁊ que
117
tes ſaiges en tous hōneurs et biens fuent
118
ſereʒ aux folʒ nore nef nen poꝛta pas
119
tant Mais a pꝛeſent hōme ioe ſe exploꝛe ve
120
ritablement ere iuge de ſoymeſme Et ne
121
imbue homme ſon couraige ou abꝛeuue de
122
nobles ſciences Pour cee cauſe en la de⸗
123
ſcription de ce liure Je acteur dicelluy ay
124
impoſe et baille a pluſieurs tuniques ul⸗
125
tigeres robes cucules ⁊ chapperons de folʒ
126
que mes eſcriptʒ notent Et pourtāt celluy
127
qui vit pꝛudentement et fait ainſi que la pa
128
gine et eſcripture du diuin Virgille chante
129
il tranſvolera incontinent iuſques ſoubʒ
130
les vens ethereaulx et beatitudes celees.
131
Et apꝛes la chair moꝛtelle depoſee ſeparce
132
dauecques lame et rendue a la terre a qui
133
elle appartient pourra le ſaige pꝛendꝛe le
134
repos celee et vſer de lambꝛoſye et doul⸗
135
ceur dicelluy Par tant vous hommes moꝛ
136
telʒ qui ees en ce mōde ſourſaindeʒ voʒ
137
tendꝛes rainsCe a dire contraigneʒ voʒ
138
ieunes aages a ſaigee Et donneʒ be⸗
139
ningʒ enſens et humbles couraiges veux
140
et deſirs a la conſpicue et noble dame.
141
Pour leſquelles choſes le philomuſe re⸗
142
quiert honneurs aux ſaiges et paix ere
143
donnee a ſes muſes Et pꝛemieremēt il pꝛie
144
a ſon titius ⁊ maire grandes ioyesCar
145
par luy ducteur ⁊ gouuerneur e faicte no
146
re nef Et a toy Bꝛant mon pꝛecepteur
147
let pꝛeant amy de mon cueueur ioye ſalut
148
gloire et honneur.

4
Vir bonus et
prudens etc.

11
In summis
excelsisque
verticibus
etc.

30
Prudentem
cecinere vi⸗
rum. etc.

44
Vir bonus
et sapiens etc.

64
Vtile cum
sancto sa⸗
piens etc.

82
Callidus et
vafer etc.

105
Si modo
prudentes
aleret. etc.

126
Ergo pru⸗
denter etc.